Les Fées du Limousin

Publié le par Fred Tréglia

 

Les fées abondaient autrefois dans nos vertes contrées. C’est sous la dénomination de « Fadas » que les hommes craintifs les nommaient. Sous ce terme se cachait tout un peuple féerique : bonnes ou méchantes, petites ou grandes, toutes soumises à l’autorité de la grande fée : leur reine ! 1 S’adonnant à de nombreux rites et célébrations de la nature, elles accomplissaient des tâches spécifiques qui visaient à tester la valeur des hommes. Il ne nous en reste que des légendes où l’homme est souvent confronté à un choix, à deux chemins : libre à lui de prendre le bon ou le mauvais. La bonne fée avait souvent fonction d’influencer cette décision. Mais tout cela n’était pas aussi simple, comme vous allez le voir…

 

Quelle était l’origine du Peuple Féerique ?

Aucune trace ne saurait nous guider. Elles étaient là avant que les hommes n’arrivent, de tout temps, depuis l’origine du monde… Elles célèbrent Gaia et ses diverses incarnations. Ce sont donc des créatures antédiluviennes, païennes ou celtiques pour certains, honnies par l’église, mêmes si elles furent rattrapées par le syncrétisme. Avant tout, elles sont l’incarnation vivante de la nature, bonne ou austère, toujours mystérieuse !

 

Quels sont les membres du Peuple Féerique du Limousin ?

Majoritairement de sexe féminin, il y en a, à ma connaissance, quatre sortes :

- Les Bonnes Fées ou Marraines : Longues et filiformes, blondes ou rousses, toujours d’une beauté surhumaine, dotées d’une voix douce et mélodieuse pour guider les hommes , elles mesurent près de six pieds. Vêtues de robes fines et légères, munies d’ailes graciles et soyeuses, parfois colorées, leur apparence frêle n’en fait pourtant pas des créatures fragiles car leurs pouvoirs empêchent quiconque de se montrer physiquement menaçant envers elles…

- Les Mauvaises Fées ou Fades : « Porteuses des malédictions, oiseaux du malheur !!! Bien triste sera la vie de celui ou celle qui défie les Fades… » Aussi grandes que leurs sœurs mais voûtées, très maigres et comme desséchées, brunes comme les corbeaux, avec des ailes de chauves-souris et une sorte de fichu noir rappelant un linceul pour tout vêtement…

- Les Fanettes : Equivalent limousin du Lutin breton, ce sont de petites fées qui ne dépassent pas les trois pieds. Des ailes de libellules en font des créatures très vives, vêtues de quelques feuilles. Joueuses, leurs jeux peuvent entraîner dans la mort l’innocent qui tombe entre leurs griffes !

- Les Feux Follets : Mâle ou femelle, de la taille d’une pomme de pin, luminescents comme les lucioles, avec des ailes de papillon de nuit. Ils sont les gardiens de lieux d’antiques batailles, veillant sur les âmes damnées de héros antédiluviens et parfois messagers des Fées…

 

Quelle était leur nourriture ?

Des mets fins et délicats pour sûr, mon bon lecteur ! A partir de miel, elles tiraient de l’hydromel, fabriquaient du pain à base de farine de châtaignes ou de faînes, des salades composées de pousses d’arbre, pissenlit, mâches, noisettes et noix… Végétariennes ? La nourriture de chair est réservée à certaines fêtes ou célébrations aujourd’hui oubliées… Mais nul besoin pour elles d'exécuter un animal, elles peuvent découper sa chaire et le guérir instantanement...

 

Quels sont leurs pouvoirs ?

Seules les grandes fées possèdent de vastes pouvoirs ; les Fanettes et Feux Follets, outre leur vitesse de déplacement prodigieuse, en sont dépourvus. Leur principal pouvoir, le plus impressionnant, est la métamorphose :

- D’elles-mêmes en toutes sortes d’animaux : pour les Fées, du batracien (Salamandre ou Grenouille) à la biche. Mais aussi en êtres humains : vieille femme qui attend à un carrefour une aide, jeune fille qui attire un homme dans un bois, par exemple.

- La Fade préfère les apparences de chauve-souris, chouette ou sanglier. Elle peut aussi prendre l’apparence d’une vieille, mais de très mauvais conseil : précipice, cul de sac, serpent pour celui qui les écoute.

- L’invisibilité est aussi évoquée comme un de leurs pouvoirs, mais c’est en se transformant en abeilles ou guêpes qu’elles disparaissent.

- La transformation d’autrui : Les Fades transformaient souvent leurs proies en monstres poilus ou rachitiques, pieds-bots, bossus… Les Fées ont le pouvoir de retirer ces afflictions mais elles peuvent aussi les transmettre à un individu cupide ou borné.

- Transmission de maladies comme la lèpre pour les Fades, pouvoir de guérison des Fées. Notons aussi l’installation de sources miraculeuses par la reine des Fées1, une eau capable de guérir tous les maux ! Ces blanches dames pouvait faire repousser un membre.

- Le prêt d’artefacts particulièrement puissants ou efficaces dans une situation donnée, tels la lance tueuse de dragon dans l’histoire de la Mandragore2 ou le fil sans fin dans L’Ogre de Montaigu3

 

Quels était les rites et lieux particuliers du Peuple Féerique ?

Le grand palais disparu derrière les « Pierres Jaumâtres1 » bien sûr, et le « Peu de la Fade1 », leur lieu de retraite actuelle, sont sans nul doute les plus importants, mais il y en a bien d’autres : grottes où elles vivaient, arbres millénaires où elles accédaient à d’autres plans d’existence, menhirs, clairières ou dolmens autour desquels elles dansaient, chantaient et célébraient les déesses… Les déranger alors vous contraignait à participer, refuser revenait à une offense qu’il fallait payer.

Nul n’oublie les vasques d’eau pure où les fées se baignaient nues. Certains les ayant surprises, frappés par tant de grâce, se sont enfuis ; d’autres allèrent jusqu'à des actes d’amour avec ses créatures. Mais tous ont perdu l’esprit ! Comment ne pas succomber à une beauté si parfaite complètement dévêtue ? Les femmes, elles, en revenaient avec des présents et des connaissances.

Les caches, fentes dans les rochers où l’on glissait des présents : brins de serpolet, cailloux luisants, bijoux, selon sa richesse personnelle, dans le but d’attirer la bienveillance des fées, sont nombreuses. Tous ses présents rejoignaient le trésor des fées. Les caches réelles ou supposées de ce trésor sont aussi diverses, comme la « Pierre Servière » 1. Ce trésor, composé de tous les présents mais aussi de pièces d’or, d’argent, de bijoux anciens, d’armes magiques… a engendré bien des recherches, à ce jour toujours infructueuses.

 

Que sont-elles devenues ?

Certaines personnes dans notre région descendent de ces créatures et ont des pouvoirs : lever le feu, ôter les verrues, soulager les maux féminins… Mais ces pouvoirs qui se transmettaient de génération en génération se sont souvent éteints, faute de connaissances et de croyance, car s’il est une chose primordiale dans le monde des fées, c’est bien la croyance. Croire, c’est pouvoir ! Le doute et l’incrédulité anéantissent leur pouvoir et c’est bien ce qui s’est passé. L’arrivée du christianisme a remplacé les croyances anciennes par une foi en un dieu unique, porteur du bien de l’âme, alors que les fées s’intéressaient au bien du corps. Des prêtres ont attribué aux dames blanches des noms d’humaines en qui les fées ne se reconnaissaient pas, leurs pouvoirs s’affaiblirent et il leur fallu se retirer : « Le Peu de las Fadas »1 est leur logis mystique actuel. Certaines pourtant ont refusé l’exil et errent encore dans nos forêts, près de nos sources. Mais comme vous n’y croyez pas, vous ne les voyez pas…

 

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Corybante Fred. T. d’Ventadorn

 

1 : Voir le recueil : Les Contes du Limousin Tome 1 : Les Fées

2 : Voir le recueil : Les Contes du Limousin Tome 3 : Monstres et Chevaliers (à paraître)

3 : Voir l’ouvrage : Les Contes du Limousin Tome 2 : L’Ogre de Montaigu
que vous pouvez retrouver à cette adresse :
http://stores.ebay.fr/studiomegalitheslibrairie

 

Cette notice sur les Fées fut facilitée par la lecture de divers ouvrages sur le Limousin, dont ceux de Marcelle Delpastre.

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